Chronique Ovine du Sud-Est :

Le drone en élevage pastoral : pour qui, pour quoi ?

Après plus de trois ans d’essais dans le projet ICAERUS dont la ferme de Carmejane a soutenu les tests, l’Institut de l’Élevage (Idele) dresse un constat clair : le drone fonctionne, mais il n’apporte pas la même valeur partout. La vraie question n’est pas “est-ce que ça marche ?”, mais quand est-ce que ça fait gagner quelque chose ? Et notamment dans les systèmes pastoraux.

Matériel et réglementation : choisir, c’est déjà cadrer l’usage

Sur le marché, trois familles se distinguent.

  • Les drones légers, sans zoom servent d’abord à prendre de la hauteur et offrir une vue globale.
  • Les modèles avec zoom deviennent de vraies jumelles volantes : on garde une vue d’ensemble, mais on peut aussi observer un point précis à distance.
  • Les drones haut de gamme (zoom puissant, parfois caméra thermique, ou étanche) sont impressionnants de performances mais leur coût ne justifie que rarement pour un usage individuel… le mutualiser ?

Pour choisir, appuyez-vous sur des comparatifs et sur un éventuel distributeur local.

Reste le cadre de vol : la réglementation impose notamment le vol à vue et, selon les zones, peut aussi contraindre la hauteur. En pratique, pour “voir loin” sans multiplier les déplacements et redécollages, le zoom devient vite un critère déterminant. Pour tout comprendre des limites locales (zones, hauteurs, contraintes), vous pouvez démarrer avec le « guide pratique du drone en élevage” d’Idele.

Les prérequis : ce qui rend le drone vraiment utilisable

Un drone paraît simple. Sur le terrain, il n’est utile que s’il est prêt, rapide à sortir et maîtrisé. Trois indispensables : un minimum d’entraînement (décollage, atterrissage, différentes trajectoires, appropriation des risques dans le paysage et des réactions des animaux), la connaissance des règles (formation et certification en ligne ici), un matériel toujours opérationnel (batteries chargées, stockage accessible).

De l’usage ponctuel au régulier : la question à se poser avant d’acheter

La règle la plus simple observée en élevage tient en une phrase : le drone devient vraiment utile en routine quand il remplace un déplacement par un coup d’œil. À l’inverse, dès que l’éleveur doit de toute façon “y aller” avec ses mains, nourrir les chiens de protection, ouvrir des filets, intervenir, le gain de temps s’effondre. Avant d’investir, la bonne approche est donc de se demander : « Qu’est-ce qui, dans mon quotidien, pourrait être vérifié par un œil volant, sans action sur place ? » Et si besoin détecté, l’éleveur choisira où agir sur place. Souvent, la réponse est ciblée : certains lots, certaines périodes, certaines tâches, quelques secteurs seulement. Et selon la distance d’observation, le choix avec ou sans zoom change tout : sans zoom, on compense par davantage de déplacements et de redécollages, donc par moins de gain de temps, voire aucun.

Le drone garde malgré tout une valeur en usage ponctuel, pour reconnaître un quartier ou retrouver un lot perdu. Mais il faut alors raisonner l’achat autrement : non pas comme un outil quotidien, plutôt comme un investissement utile dans les moments clés, à comparer à son coût ou à envisager en mutualisation.

Compter des moutons avec une IA : c’est pour quand ?

Le comptage par IA à partir de vidéos drone progresse : les moteurs de calcul deviennent plus performants. S’il reste des améliorations possibles, le verrou n’est plus technique : il faut surtout un acteur capable d’intégrer cette IA dans un logiciel simple et un autre acteur ou le même pour le distribuer avec un bon service client. Idele s’emploie à mettre dans les mains gratuitement ce modèle de calcul et facilitera autant que possible la reprise de cet outil.

En bonus : d’autres usages qui pourraient valoir le détour

Au-delà de l’observation, des drones “cargo” se développent, capables d’emporter des charges importantes. À terme, on pourrait imaginer des services de logistique plus souples que l’hélicoptère en zones de montagne.

Conclusion

Le drone en élevage pastoral n’est ni un gadget, ni une solution miracle. C’est un outil de surveillance, une sorte de super paire de jumelles : parfois ponctuel, parfois régulier, selon le système, les contraintes de vol et l’organisation. Avant l’achat, mieux vaut raisonner en usages concrets et en retour sur investissement, car c’est là que se fera la différence.

Auteur : Adrien Lebreton – IDELE

Coordinateur des chroniques ovines : Rémi Leconte – MRE